Le
Sloughi et l'autruche
littérature orale
tunisienne transcrite par Raouf
Ochi
© Ochi 2025
Il y
a très longtemps, quelque part dans la
steppe de Tunisie, un berger
nomade, assis devant sa tente,
ne quittait pas des yeux son
troupeau tout en gardant
l'horizon rougeâtre du
crépuscule dans son champ de
vision. Accroupi à côté de
lui, son compagnon de route et
fidèle ami, son sloughi,
Skhab, se tenait, la tête
haute et fière, comme une
sentinelle.
Soudain,
ils virent de loin une nuée de
poussière s'approcher à toute
vitesse comme si le diable
était à sa poursuite. La masse
courante devenait de plus en
plus reconnaissable pour les
deux amis malgré la nuit
tombante : C'était une
autruche affolée qui
traversait leur territoire
sans se rendre compte de leur
présence.
Alors,Skhab,
guidé par son instinct de
chasseur, s'élança derrière
elle comme une flèche. Une
heure passa et le sloughi
n'était pas toujours revenu.
Le berger commençait
à s'inquiéter, mais il ne
pouvait rien faire, car la nuit
étendait déjà ses ailes sur tout
le désert. Le voilà qui marchait
comme un fou dans l'obscurité en
sifflant et appelant en vain son
meilleur ami . Sa gorge ne
laissait plus sortir aucun cri.
Seuls les chacals répondaient
par leurs hurlements à ses
sifflements et la crainte de
perdre un être très cher le
dévorait déjà.
Il
rebroussa chemin pour aller
protéger son troupeau contre
d'éventuelles attaques de
bêtes féroces qui rôdaient
dans les parages, dans
l'espoir que son sloughi
allait revenir. Hélas, cette
nuit-là, qui fut la plus
longue de toute sa vie, passa
et Skhab ne revint toujours
pas. Le lendemain dès l'aube,
le berger se mit à sa
recherche en suivant les
traces de sa course derrière
l'autruche. Après une longue
marche, la poursuite ne
formait plus une ligne droite
et finit en zigzag.
Le berger, qui
était aussi un chasseur
chevronné, comprit que son
compagnon de chasse était sur le
point d'attraper sa proie et que
la course touchait à sa fin.
Effectivement, il leva les yeux
et vit une silhouette couchée
sur le sable : C'était le
valeureux Skhab, mort,
certainement essoufflé, tenant
l'autruche, aussi morte,
évidemment étouffée, par le
gosier. Le pauvre berger pleura
son ami en sanglotant, creusa un
trou dans le sable et l'enterra.
Mais l'histoire du
sloughi et de l'autruche ne sera
jamais enterrée. Elle restera à
jamais gravée dans la mémoire
des peuples et sera transmise de
génération en génération à
travers le temps.
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